Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/581

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— C’est inutile, laisse tout, j’ai une fortune, Juliette, fuyons…

Déjà elle avait ouvert sa chiffonnière et pêle-mêle elle jetait dans un petit sac de voyage tout ce qu’elle possédait, tout ce qui avait de la valeur.

— Ah ! tu me perds, répétait Noël, tu me perds !…

Il disait cela, mais son cœur était inondé de joie.

— Quel dévoûment sublime ! Elle m’aimait vraiment, se disait-il ; pour moi elle renonce sans hésitation à sa vie heureuse, elle me sacrifie tout !…

Juliette avait fini ses préparatifs, elle nouait à la hâte son chapeau, quand un coup de sonnette retentit.

— Eux ! s’écria Noël, devenant, s’il est possible, plus livide.

La jeune femme et son amant demeurèrent plus immobiles que deux statues, la sueur au front, les yeux dilatés, l’oreille tendue.

Un second coup de sonnette se fit entendre, puis un troisième.

Charlotte apparut, s’avançant sur la pointe des pieds.

— Ils sont plusieurs, dit-elle à demi-voix, j’ai entendu qu’on se consultait.

Après avoir sonné, on frappait. Une voix arriva jusqu’au salon ; on distingua le mot : « loi. »

— Plus d’espoir ! murmura Noël.

— Qui sait ! s’écria Juliette, et l’escalier de service ?

— Sois tranquille, on ne l’a pas oublié.

En effet, Juliette revint l’air morne, consterné.