Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/582

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Elle avait surpris sur le palier des piétinements de pas lourds qu’on cherchait à étouffer.

— Il doit y avoir un moyen ! fit-elle avec fureur.

— Oui, reprit Noël, c’est une seconde de courage. J’ai donné ma parole. On crochète la serrure, fermez toutes les portes et laissez enfoncer, cela me fera gagner du temps.

Juliette et Charlotte s’élancèrent. Alors Noël, s’adossant à la cheminée du salon, sortit son revolver et l’appuya sur sa poitrine.

Mais Juliette, qui rentrait déjà, aperçut le mouvement, elle se jeta sur son amant à corps perdu, si vivement qu’elle fit dévier l’arme. Le coup partit et la balle traversa le ventre de Noël. Il poussa un effroyable cri.

Juliette faisait de sa mort un supplice affreux ; elle prolongeait son agonie.

Il chancela, mais il resta debout, toujours appuyé à la tablette, perdant du sang en abondance.

Juliette s’était cramponnée à lui, et s’efforçait de lui arracher le revolver.

— Tu ne te tueras pas, disait-elle, je ne veux pas, tu es à moi, je t’aime ! Laisse-les venir. Qu’est-ce que cela te fait ? S’ils te mettent en prison, tu te sauveras. Je t’aiderai, nous donnerons de l’argent aux gardiens. Va, nous vivrons tous deux bien heureux, n’importe où, bien loin, en Amérique, personne ne nous connaîtra…