Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/63

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.


croyant à un vol, n’y voyait que du feu. Par bonheur j’étais là !… Mais non ! continua le bonhomme, ce ne peut être encore cela. Il faut qu’il y ait pis qu’une histoire d’amour. Un adultère ! le temps l’efface…

Le père Tabaret entrait sous le porche de sa maison. Le portier, assis près de la fenêtre de sa loge, l’aperçut à la lumière du bec de gaz.

— Tiens, dit-il, voilà le propriétaire qui rentre.

— Il paraît, remarqua la portière, que sa princesse n’aura pas voulu de lui ce soir ; il a l’air encore plus chose qu’à l’ordinaire.

— Si ce n’est pas indécent ! opina le portier, aussi est-il assez décati ! Ses belles le mettent dans un joli état ! Un de ces matins, il faudra le conduire dans une maison de santé avec la camisole de force.

— Regarde-le donc, interrompit la portière, regarde-le donc au milieu de la cour !…

Le bonhomme s’était arrêté à l’extrémité du porche ; il avait ôté son chapeau, et tout en se parlant il gesticulait :

— Non, se disait-il, je ne tiens pas encore l’affaire, je brûle… mais je n’y suis pas.

Il monta l’escalier et sonna à sa porte, oubliant qu’il avait son passe-partout dans sa poche. Sa gouvernante vint ouvrir.

— Comment ! c’est vous, monsieur, à cette heure !…

— Hein ! quoi ? demanda le bonhomme.