Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/69

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Quand ces trois visiteurs se trouvaient réunis, ce qui arrivait rarement, on jouait au boston. Les autres soirs, on faisait une partie de piquet ou d’impériale. Noël ne restait guère au salon. Il s’enfermait après le dîner dans son cabinet, indépendant ainsi que sa chambre de l’appartement de sa mère, et se plongeait dans les dossiers. On savait qu’il travaillait très-avant dans la nuit. Souvent l’hiver sa lampe ne s’éteignait qu’au petit jour.

La mère et le fils ne vivaient absolument que l’un pour l’autre. Tous ceux qui les connaissaient se plaisaient à le répéter.

On aimait, on honorait Noël pour les soins qu’il donnait à sa mère, pour son absolu dévouement filial, pour les sacrifices que, supposait-on, il s’imposait en vivant, à son âge, comme un vieillard. On se plaisait dans la maison à opposer la conduite de ce jeune homme si grave à celle du père Tabaret, cet incorrigible roquentin, ce galantin à perruque.

Quant à madame Gerdy, elle ne voyait que son fils en ce monde. Son amour à la longue était devenu comme un culte. En Noël, elle pensait reconnaître toutes les perfections, toutes les beautés physiques et morales. Il lui paraissait d’une essence pour ainsi dire supérieure à celle des autres créatures de Dieu. Parlait-il, elle se taisait et écoutait. Un mot de lui était un ordre. Ses avis, elle les recevait comme des décrets de la Providence même. Soigner son fils,