Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/84

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enfin propice couronne notre flamme. Nous aurons un fils.

J’aurai un fils de ma Valérie adorée, sa vivante image. Oh ! pourquoi sommes-nous séparés par une distance immense ? Que n’ai-je des ailes pour voler à tes pieds et tomber entre tes bras, ivre de la plus douce volupté ! Non ! jamais comme en ce moment je n’ai maudit l’union fatale qui m’a été imposée par une famille inexorable et que mes larmes n’ont pu attendrir. Je ne puis m’empêcher de haïr cette femme qui, malgré moi, porte mon nom, innocente victime cependant de la barbarie de nos parents. Et pour comble de douleurs, elle va aussi me rendre père. Qui dira ma douleur lorsque j’envisage l’avenir de ces deux enfants ?

L’un, le fils de l’objet de ma tendresse, n’aura ni père ni famille, ni même un nom, puisqu’une loi faite pour désespérer les âmes sensibles m’empêche de le reconnaître. Tandis que l’autre, celui de l’épouse détestée, par le seul fait de sa naissance, se trouvera riche, noble, entouré d’affections et d’hommages, avec un grand état dans le monde. Je ne puis soutenir la pensée de cette terrible injustice. Qu’imaginer pour la réparer ? Je n’en sais rien, mais sois sûre que je la réparerai. C’est au tant désiré, au plus chéri, au plus aimé que doit revenir la meilleure part, et elle lui reviendra, je le veux. »