Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/86

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« Les destins, plus puissants que ma volonté, m’enchaînent en ce pays, mais mon âme est près de toi, ô ma Valérie. Sans cesse ma pensée se repose sur le gage adoré de notre amour qui tressaille dans ton sein. Veille, mon amie, veille sur tes jours doublement précieux. C’est l’amant, c’est le père qui te parle. La dernière page de ta réponse me perce le cœur. N’est-ce pas me faire injure que de t’inquiéter du sort de notre enfant ? Ô Dieu puissant ! Elle m’aime, elle me connaît, et elle s’inquiète ! »

— Je saute, dit Noël, deux pages de passion pour m’arrêter à ces quelques lignes de la fin :

« La grossesse de la comtesse est de plus en plus pénible. Épouse infortunée ! Je la hais, et cependant je la plains. Elle semble deviner les motifs de ma tristesse et de ma froideur. À sa soumission timide, à son inaltérable douceur, on croirait qu’elle cherche à se faire pardonner notre union. Créature sacrifiée ! Elle aussi, peut-être, avant d’être traînée à l’autel, avait donné son cœur. Nos destinées seraient pareilles. Ton bon cœur me pardonnera ma pitié. »

— Celle-là était ma mère, fit l’avocat d’une voix frémissante. Une sainte ! Et on demande pardon de la pitié qu’elle inspire. Pauvre femme ! Il passa sa main sur ses yeux comme pour repousser ses larmes, et ajouta : Elle est morte !