Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/88

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enfants conçus au milieu des transports de l’amour. »

— Le monstre, c’est moi ! fit l’avocat avec une sorte de rage concentrée. Tandis que l’autre… Mais laissons là, n’est-ce pas, ces préliminaires d’une action atroce. Je n’ai voulu jusqu’ici que vous montrer l’aberration de la passion de mon père ; nous arrivons au but.

Le père Tabaret s’étonnait des ardeurs de cet amour dont Noël remuait les cendres. Peut-être le sentait-il plus vivement sous ces expressions qui lui rappelaient sa jeunesse. Il comprenait combien doit être irrésistible l’entraînement d’une telle passion. Il tremblait de deviner.

— Voici, reprit Noël en agitant un papier, non plus une de ces épîtres interminables dont je vous ai détaché de courts fragments, mais un simple billet. Il est du commencement de mai et porte le timbre de Venise. Il est laconique et néanmoins décisif.

« Chère Valérie,

Fixe-moi, je te prie, aussi exactement que possible, sur l’époque probable de ta délivrance. J’attends ta réponse avec une anxiété que tu comprendrais, si tu pouvais deviner mes projets au sujet de notre enfant ! »

— Je ne sais, reprit Noël, si madame Gerdy comprit ; toujours est-il qu’elle dut répondre immédiate-