Page:Gaboriau - L’Affaire Lerouge.djvu/89

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ment, car voici ce qu’écrit mon père à la date du 14 :

« Ta réponse, ô ma chérie, est telle, qu’à peine je l’osais espérer. Le projet que j’ai conçu est maintenant réalisable. Je commence à goûter un peu de calme et de sécurité. Notre fils portera mon nom, je ne serai pas obligé de me séparer de lui. Il sera élevé près de moi, dans mon hôtel, sous mes yeux, sur mes genoux, dans mes bras. Aurai-je assez de force pour ne pas succomber à cet excès de félicité ?

« J’ai une âme pour la douleur, en aurai-je une pour la joie ? Ô femme adorée, ô enfant précieux, ne craignez rien, mon cœur est assez vaste pour vous deux ! Je pars demain pour Naples, d’où je t’écrirai longuement. Quoi qu’il arrive, dussé-je sacrifier les intérêts puissants qui me sont confiés, je serai à Paris pour l’heure solennelle. Ma présence doublera ton courage, la puissance de mon amour diminuera tes douleurs… »

— Je vous demande pardon de vous interrompre, Noël, dit le père Tabaret ; savez-vous quels graves motifs retenaient votre père à l’étranger ?

— Mon père, mon vieil ami, répondit l’avocat, était en dépit de son âge un des amis, un des confidents de Charles X, et il avait été chargé par lui d’une mission secrète en Italie. Mon père est le comte Rhéteau de Commarin.