Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/161

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Et pourtant, comme ils le saluent, les employés ! comme ils sont obséquieux ! comme ils se font doux et petits garçons en allongeant la main sous le guichet étroit.

Tous ne viennent pas à la caisse, pourtant. Chaque bureau délègue un homme de confiance, d’une probité reconnue, qui, lorsqu’il y va, muni du reçu de tous ses camarades, ne manque jamais cette plaisanterie :

— Adieu, Messieurs, je pars pour la Belgique.

Il ne va jamais jusqu’en Belgique, mais il va toujours au Café de l’Équilibre et s’y livre à d’interminables parties de billard.

Comme on s’impatiente en son absence ! comme on le maudit ! S’il revenait, on pourrait s’en aller. Mais non, le misérable ne reparaît qu’au moment où quatre heures vont sonner.

Un hurrah salue son entrée. On oublie ses torts en entendant le bruit pesant du sac qu’il jette sur la table. Un religieux silence se fait, tandis qu’il établit le compte de chacun. Puis il paye ses amis en or, les indifférents en argent, et ses victimes moitié menue monnaie et moitié billon.

Lorsque chacun a reçu ses appointements, l’homme de confiance ne manque jamais de s’apercevoir qu’il s’est trompé de cent sous à son désavantage. D’un ton