Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/202

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Les premiers sont des pillards qui filoutent une à une les heures réglementaires ; les seconds sont des conquérants qui, de par leur audace, s’assurent des mois entiers de liberté.

Au premier abord on pourrait croire que la grande carotte expose à de plus graves dangers que la petite.

C’est une erreur.

Pour dix petites carottes on a dix mauvaises notes ; une grande passe presque toujours inaperçue, et, fût-elle découverte, elle ne peut valoir qu’une seule mauvaise note.

Le grand carotteur perd tous les dix-huit mois son père ou sa mère à deux cents lieues de Paris.

Il a à suivre au fond de l’Allemagne un procès dont dépend toute sa fortune.

Il conduit en Italie une sœur poitrinaire.

Il poursuit en Valachie sa femme qui vient de se faire enlever par un boyard qui étudiait en médecine.

Le petit carottier exploitait les accidents de l’existence ; le grand carotteur exploite les catastrophes. Les morts, les héritages, les crimes, les procès, autant de cordes à son arc.