Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/231

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la première représentation. Mais il faudra m’apporter le manuscrit. Vous en êtes content ?

— Ma foi, oui ; il n’y a que le troisième acte qui m’inquiète. Je l’avais écrit, il était bon, et puis voilà que je le perds dans le déménagement. Je l’ai refait deux fois, mais il n’est pas aussi bien venu que la première.

M. Deslauriers hocha la tête.

— Ces déménagements, dit-il, amènent toujours des catastrophes.

— Il faut bien s’en consoler, fit Caldas ; et pour tâcher d’oublier mon malheur, je vais aller noyer mon chagrin dans des flots d’encre administrative. Quand on a le tort d’être homme de lettres, on a raison de déployer tout son zèle bureaucratique.

— Du zèle ! s’écria M. Deslauriers ; comment, c’est vous, un lettré, qui prononcez ce mot-là ! Vous ne savez donc pas ce qu’a dit Talleyrand ?

— Oui, répondit Romain, je sais : « Surtout pas de zèle ! » Voilà une maxime qui a dû rassurer bien des consciences de paresseux.

— Ne riez pas de ce mot profond. Il est toujours d’actualité. On peut être zélé et paresseux. Le zèle, mon