Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/255

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n’en finirons jamais, si vous me laissez dans le bureau où je suis. Il faut absolument me mettre ailleurs.

— Ah ! si je pouvais te faire travailler dans mon propre bureau, dit tristement Saint-Adolphe, je voudrais faire concurrence à Sardou et devenir le marquis de Carabas du boulevard. Malheureusement c’est impossible.

— Pourquoi ? demanda Romain.

— Parce que ce n’est pas l’usage, et que l’usage est le tyran de l’Équilibre. Ah ! tu ne connais pas nos bureaucrates, mon ami ! l’usage les guide comme le caniche guide l’aveugle, et ils vont en aveugles, en effet. L’usage pour eux, c’est le transparent qu’on donne aux enfants qui s’exercent à écrire. La routine est leur foi, ils ont pour l’innovation l’horreur qu’éprouve pour l’eau la bête enragée. Avant de faire la moindre broutille, l’employé se gratte la tête. Vous croyez qu’il réfléchit ? non ; il se demande : « – Cela s’est-il déjà fait ? »

Cela s’est-il fait ? voilà le grand mot.

Vous venez proposer quelque chose de grand, de beau, d’utile, d’indispensable, on vous demande d’abord : « – Cela s’est-il fait ? – Non. – Alors, serviteur. »

Vous insistez, vous prouvez qu’il fait jour à midi au