Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/256

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mois de juin. À quoi bon ? Cela ne s’est jamais fait. Aussi, chaque année, dans les mêmes circonstances, on voit se reproduire les mêmes boulettes. Cela s’est fait, cela se fera. Tout est gravé, stéréotypé, cliché. Vous avez, vous, une lettre de dix lignes à écrire, vous prenez la plume ; votre sous-chef arrive :

« — Malheureux, que faites-vous ? dit-il, il y a un précédent.

« — À quoi bon ? répondez-vous, la chose est simple comme bonjour, j’aurai fini dans cinq minutes.

« — Ce n’est pas ainsi qu’on procède, réplique le sous-chef, il y a un précédent, il faut le trouver. »

On cherche, on fait fouiller vingt bureaux, quatre cents cartons, on remue des dunes de poussière, on dérange cinquante employés et on ne trouve rien.

— Et que fait-on alors ? demanda Caldas.

— On en revient à votre première idée. La lettre est écrite en cinq minutes ; on a perdu trois jours, mais on a sauvegardé la tradition administrative.