Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/258

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dère comme un cul-de-sac, et on y fourre les chefs dont on est mécontent.

M. Deslauriers, qui se flattait d’arriver au poste de chef de division, fut frappé au cœur de cette disgrâce. Il poussa les hauts cris, se remua, réclama. Trop tard. Le pape n’est pas seul infaillible : Son Excellence avait signé.

Il voulut au moins savoir pourquoi on l’envoyait chez les Sarmates, et, après une enquête souterraine, il apprit toute l’histoire de ce terrible coup de Jarnac. M. Deslauriers, tandis qu’il sommeillait dans la quiétude, avait pour sous-chef un homme que l’envie empêchait de dormir. Ils avaient toujours été fort bien ensemble, car le malheureux chef ne soupçonnait même pas le caractère cauteleux de son subordonné.

Cet envieux, nommé Cluche, qui réussit longtemps à se faire passer pour un brave homme, est par excellence le supérieur sournois.

Affable et traitant en apparence son monde sur le pied de la camaraderie, il se fait un plaisir de desservir dans l’ombre les naïfs qui ont eu l’imprudence de se fier à lui. Qu’un employé se mette dans son tort, il l’excuse et le rassure, mais à la fin du mois il charge son dossier d’une note accablante. Il accorde volontiers la permission de s’absenter, et si l’on s’absente, il ne