Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/263

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rien le met sur la trace ; et quand il tient une piste, il arrive toujours jusqu’au gîte. Ah ! qu’il est heureux quand il a levé un lièvre, heureux quand il l’a forcé !

Le lièvre, c’est le débiteur.

Et il ne s’en prend pas seulement aux affaires présentes, il remonte dans le passé, à dix ans, quinze ans ; il remonterait au déluge, sans la loi sur la prescription. Il fouille les vieux dossiers, se roule dans la poussière des cartons oubliés, et ce n’est jamais en vain qu’il bat ainsi le passé. Son sens de chasseur ne le trompe jamais ; il évente des fumées insaisissables pour tout autre, et comme l’ogre il dit d’un ton joyeux : — Ça sent la chair fraîche !

Et le débiteur, qui dormait paisible sur une fraude vieille de dix ans, est tout surpris un matin de voir arriver un avertissement qui l’engage à se présenter dans la huitaine au bureau pour se libérer.

Pour nombre d’employés qui ne font pas leur devoir, il fait, lui, plus que son devoir. Il outrepasse ses droits, souvent au mépris de la justice ; il abuse de l’ignorance de l’un, de la faiblesse de celui-ci, et de l’incurie de ce troisième. Il prie, il menace, il est impitoyable, et pour que l’Administration ne soit pas lésée, il lèse au besoin le public.

On connaît bien son penchant à l’Équilibre, et un