Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/46

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un article sur une nouvelle pâte à faire couper les rasoirs.

En vingt-quatre heures, Romain fit un poëme. Le directeur du grand journal, après avoir lu attentivement l’article, crut pouvoir lui prédire un bel avenir littéraire, et, séance tenante, lui fit compter quarante francs.

— J’aime la ligne de ce journal, pensa Caldas.

Muni de ce viatique, il s’élança dans un fiacre :

— À Grenelle, au théâtre ! dit-il au cocher.

Il y avait déjà plus de six semaines que le cœur de Caldas avait été incendié par la chevelure de mademoiselle Célestine. C’était à la descente de l’Omnibus des Artistes qu’il l’avait aperçue pour la première fois.

— Le connaissez-vous, monsieur, cet omnibus ? Il a fait la fortune du directeur de génie qui a su appliquer ce véhicule à l’art dramatique.

Ce grand homme a résolu pour le comédien le problème de l’ubiquité. Avec une seule troupe, M. Mont-Saint-Jean dessert huit salles de la banlieue, et, grâce au trot rapide de ses chevaux, le même « bon fils » peut, le même soir, retrouver sur quatre théâtres aux quatre points cardinaux la même « croix de sa mère. »