Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/69

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Gérondeau avait fait table rase ; il mettait la nappe en linge damassé, ma foi ! Gérondeau a un huilier, une salière, une cafetière et une cave à liqueurs dont la clef ne le quitte jamais.

Le calligraphe Basquin rinçait son verre ; du déjeuner il ne soigne que les liquides.

Le garçon de bureau, messager des appétits, rentra ployant sous le poids d’un filet rempli de comestibles divers ; il portait aussi dans un panier à trois étages la collation de Gérondeau, une douzaine d’huîtres, un demi perdreau truffé, une barbue aux fines herbes, une tranche de roquefort, une poire duchesse et une bouteille de sauternes. L’addition montait à 11 fr. 50 c.

L’expéditionnaire Gérondeau dépense à son déjeuner les appointements d’un sous-chef.

— Ouf ! dit le garçon en déposant son filet, j’ai cru que je n’en finirais pas. La dame de comptoir me racontait qu’un des garçons a volé plus de quatre-vingts bouteilles de vin à la cave. Nous lirons ça dans la Gazette des Tribunaux. Et puis, j’ai eu joliment de peine à trouver des harengs saurs, allez !

— Qu’est-ce qui mange des harengs saurs ? s’écria le commis principal d’un ton furieux.

— C’est moi, fit Nourrisson, après ?…