Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/72

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Il rompit le cachet d’une main fiévreuse, et un mandat rouge tomba à ses pieds.

Gérondeau, qui sirotait un verre de chartreuse, se baissa pour ramasser le mandat.

— Ah ! ah ! jeune homme ! s’écria-t-il, voilà pour payer votre bienvenue. Cent vingt francs, ajouta-t-il, en recevez-vous souvent comme cela ?

— Tous les mois, répondit Romain, qui voulait se poser dans l’esprit de ses collègues.

La lettre de M. Caldas le père était ainsi conçue :

« Mon cher Romain,

« Si tu ne m’as point menti, cette lettre te parviendra, et je ne regretterai pas l’argent que j’y joins, puisqu’il te sera utile pour t’assurer une position. Si au contraire, comme cela malheureusement t’est arrivé quelquefois, tu avais cherché à m’en imposer, cet argent échappera à tes prodigalités.

« Je t’adresse cette lettre au ministère où tu es nommé (à ce que tu me dis), au bureau que tu me désignes. Puisses-tu, mon fils, persévérer dans cette voie, et renoncer à ce dégoûtant métier de journaliste. La statistique, mon fils, t’apprendra que ce métier peuple les hôpitaux et parfois les prisons.