Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/88

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— Je le conçois et je vous plains. Vous êtes avec de petites gens. Qu’est-ce que Gérondeau ? un estomac. Et Rafflard ? un estomac détruit. Nourrisson ? un garçon coiffeur ; et Basquin ? un… calligraphe !

— Vous êtes impitoyable, répondit Caldas en riant malgré lui.

— Impitoyable ! s’écria M. Lorgelin en grinçant des dents. Ah ! vous ne connaissez pas ces… Mais non, la colère m’emporte. Voyons, mon cher ami, regardez-moi ce Gérondeau, il a cent mille écus de capital. Que fait-il ici ? Rien, rien, rien !!! Il était agent d’affaires autrefois ; la mort de son père l’a fait riche. Alors il est entré dans l’administration, comme les vieillards pauvres aux Petits-Ménages. Savez-vous pourquoi il reste, pourquoi il y restera jusqu’à ce qu’on le mette dehors ? Parce qu’il a peur de se ruiner. Il compte comme le peuple, il ne dit pas : — J’ai douze mille livres de rente ; il dit : J’ai trente-cinq francs à manger par jour. Eh bien ! il mange ses trente-cinq francs de cinq heures du soir à minuit. Il aime le jeu, le vin, la bonne chère, les filles ; tous les jours que Dieu fait, ce poussah chasse à l’ouvrière entre chien et loup. Il appelle les malheureuses créatures que la chaîne d’or de son gilet fascine « du gibier. » S’il les payait encore, mais il les escroque sans pudeur, il veut être aimé pour lui-même !… Enfin son bureau, c’est pour lui comme un conseil de famille, ça le tient. Il reçoit cent vingt francs par mois ; mais l’argent est la moindre