Page:Gaboriau - Les Gens de bureau, Dentu, 1877.djvu/89

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affaire ; quoique avare, car il est avare, il en donnerait autant pour rester à son pupitre, et il y trouverait encore de l’économie… Moi je dis, reprit M. Lorgelin avec une explosion d’indignation, que l’on n’a pas le droit de donner à des gens riches de ces petits emplois. Place aux pauvres !

— J’avoue, répondit Caldas, qu’en entrant ici je ne m’attendais pas à coudoyer des millionnaires.

— Il n’y a pas de millionnaires précisément, continua Lorgelin, mais beaucoup de gens aisés : des timides qui redoutent les luttes de la vie, des paresseux que le travail effraie, des cerveaux faibles qui ne supporteraient pas l’ivresse de la liberté, éternels enfants qui ne sauraient marcher sans lisières du berceau à la tombe, enfin la tourbe des imbéciles incapables de faire autre chose que ce labeur automatique. Eh bien ! par le fait seul de leur fortune, ces gens arrivent. L’administration aime les employés aisés. — Si je donne des appointements insuffisants, dit-elle, c’est que j’entends bien qu’on ne vive pas seulement des appointements.

— Il est positif, dit Romain, qui songeait à ses cent francs par mois, qu’il est difficile de se tirer d’affaire avec ce que l’on gagne.

— Dites impossible, et pourtant plus de la moitié des employés réalisent ce miracle. Vous vous plaignez ! vous, jeune homme. Songez à ce que peut faire l’em-