Page:Garcin de Tassy - Rudiments de la langue hindi.djvu/17

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Nous venons de dire ce que c’est que l’hindoui. L’hindoustani est la langue mêlée qui se forma peu à peu, dès le commencement du XIe siècle, du contact des Hindous, qui parlaient l’hindoui, et des musulmans, qui parlaient le persan. La charpente grammaticale de la langue ne fut pas profondément altérée ; la différence la plus apparente consista en ce que toutes les formes furent généralement adoucies. Par exemple, les désinences en au औ et en aï ऐ furent remplacées par celles en â आ et en è ए, les r र se transformèrent en l’ ल, etc. mais les matériaux changèrent. A la place de beaucoup de mots sanscrits ou hindoui non-sanscrits[1], on se servit de mots persans et arabes, et on adopta, pour écrire cette langue, le caractère persi-arabe.

Cet hindoustani est une langue musulmane, मुसल्मानी बात, et on le désigne quelquefois sous ce nom. Il se subdivise en deux branches, celle du nord, nommée spécialement urdû, ou mieux zabân-i urdû, langue de camp, et celle du midi ou Décan, nommée dakhni (méridionale) et désignée aussi sous le nom de gujrî[2] synonyme d’urdû[3]. Chose singulière, ce dernier dialecte, quoique, selon toutes les apparences, plus moderne que le premier, se rapproche plus de l’hindoui que l’urdû. Ces

  1. Il y a en effet, ainsi que nous le dirons bientôt, une certaine quantité de mots non-sanscrits en hindoui , et cela se conçoit, puisque cette langue, ou du moins celle de laquelle elle dérive, était parlée concurremment avec le sanscrit, et que cette dernière langue en était distincte et pouvait exister antérieurement. A ce sujet, Hogdson (Journal of the As. Soc. Calcatta, 1837, page 685) fait observer que les recherches de J. Prinsep tendent à prouver que les formes élaborées de dévanâgari dérivent d’éléments plus simples et plus appropriés aux langues vulgaires, et il ajoute que cette tendance est très-curieuse et semble fortifier l’opinion de ceux qui considèrent l’hindi comme indigène et plus ancien que le sanscrit dans l’Inde.
  2. Voyez l’appendice à mes Rudiments de la langue hindoustani, p. 48.
  3. Dans le sens spécial de marché, sens que lui donne une légende populaire sur la formation de l’hindoustani. (Voyez dans mes Rudiments hindoustani, p. 80, l’extrait de la préface du Bâg o bahâr, où cette légende se trouve rapportée.)