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HISTOIRE

un peuple émigrant ; que leur passion pour les charmes de la société l’emportait sur le désir d’améliorer leur condition, lorsqu’il fallait pour cela sacrifier une jouissance qui leur était si douce ; que leur attachement enfin pour leur pays natal a formé un grand obstacle à l’avancement de leurs colonies. Mais ce sentiment est commun à tous les peuples, même à ceux qui sont à demi-nomades. Dirons-nous, répondait le chef d’une peuplade indienne dont l’on voulait prendre le territoire, dirons-nous aux os de nos pères, levez-vous et marchez. Il y a tout un monde de souvenirs dans cette parole que nous révèle le passé sous la forme la plus vraie et la plus expressive. La pensée de quitter pour jamais la patrie est douloureuse pour tous les hommes ; par cet exil qui ne doit pas finir mille liens, qui les attachent d’une manière imperceptible mais presqu’indissoluble au sol qui les a vus naître, sont froissés et brisés tout d’un coup. Il n’y a que les motifs les plus impérieux qui puissent les engager à rompre ainsi avec tout ce qui leur a été cher, pour ne plus songer qu’à l’avenir avec ses chances et ses craintes, ses illusions et ses cruels mécomptes. Aussi, si l’on examine attentivement l’histoire des migrations qui ont pour ainsi dire signalé chaque siècle, l’on trouve qu’elles ont eu toutes pour motifs une nécessité absolue ;