Page:Garneau - Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours, tome I, 1845.djvu/491

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DU CANADA.

Le cahier des notables ne contenait rien d’entièrement étranger à la question de la guerre. La demande assez mal motivée de quinze cents colons pour remplacer les habitans partis pour l’armée, resta sans réponse et sans fruit. Et pourtant c’était dans le temps même que les Huguenots sollicitaient comme une faveur la permission d’aller s’établir dans le Nouveau-Monde, où ils promettaient de vivre en paix à l’ombre du drapeau de leur patrie, qu’ils ne pouvaient cesser d’aimer ; c’était dans le temps, dis-je, qu’on leur refusait une prière dont la réalisation eût sauvé le Canada, et assuré pour toujours ce beau pays à la France. Mais Colbert avait perdu son influence à la cour, et était mourant. Tant que ce grand homme avait été au timon des affaires, il avait protégé les calvinistes qui ne troublaient plus la France, mais l’enrichissaient. Sa mort arrivée en 1684 les livra entièrement au chancelier Le Tellier et au farouche Louvois. Les dragonades passèrent sur les cantons protestans, terribles pronostics de la révocation de l’édit de Nantes. Le roi montrait avec un secret plaisir, dit un écrivain distingué, sa puissance en humiliant le pape et en écrasant les Huguenots. Il voulait l’unité de l’Église et de la France, objet des désirs des grands hommes de l’époque à la tête desquels était Bossuet.