Page:Garneau - Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours, tome I, 1845.djvu/542

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APPENDICE.

cru ; et lorsque la voie en sera ouverte et connue ; elle ne goûtera certainement pas un système qui l’astreindra à entreposer à Londres, ce qu’elle pourra elle-même porter ailleurs ; il lui paraîtra injuste qu’on la prive de ce bénéfice, et qu’on l’asservisse ainsi à des augmentations de frais, qui seront pour elle une diminution de profits.

Dans cette position elle verra bientôt que l’Amérique a moins besoin de l’Europe, que l’Europe n’a besoin de l’Amérique : quelle doit être alors sa première démarche ? de se tranquilliser du seul côté d’où elle peut craindre une opposition vigoureuse et continuelle ; elle invitera donc le Canada à secouer le joug, et à figurer lui-même dans la confédération ; si le système de cette confédération est non seulement de permettre l’exercice de toutes les religions, mais encore de les admettre indifféremment dans l’administration du gouvernement, n’est-il pas bien probable que les catholiques romains d’Angleterre, d’Irlande et d’Écosse, les protestans de France, les juifs enfin de toute l’Europe, courront en foule dans un pays où ils seront invités à venir rentrer dans tous les droits de l’homme et du citoyen ?

Mais on me demandera quelle est donc la raison qui empêche tous les protestans de France de venir en Angleterre, et tous les catholiques romains d’Angleterre de se retirer en France ; je répondrai que c’est une raison que le fanatisme seul (et il n’y en a plus) peut surmonter, savoir, la différence de ces misérables coutumes qui ne sont rien et qui sont tout, et bien plus encore la différence de langage et tous les inconvéniens qui en résultent : sans cet obstacle, il ne resterait pas un protestant en France et pas un catholique romain en Angleterre. Tout obstacle sera levé lorsque les juifs et les protestans de France auront la perspective d’être citoyens dans le Canada devenu indépendant, et que les juifs et les catholiques romains d’Angleterre, pourront participer à tout dans les colonies anglaises de l’Amérique. Lorsque les presbytériens furent tourmentés en Angleterre, ils ne se retirèrent pas à Genève, dont ils ignoraient la langue, ils allèrent peupler le Maryland et les autres provinces de ce continent, et crurent ne pas changer de pays, étant fiers de trouver dans celui où ils se retiraient, leurs mœurs, leur langage et de plus la liberté.

Les catholiques romains d’Angleterre savent qu’ils seraient bien reçus en France, et qu’ils pourraient y prétendre