Page:Garneau - Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours, tome I, 1845.djvu/543

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APPENDICE.

à tout, ils restent en Angleterre où ils ne peuvent prétendre à rien ; les protestans de France savent qu’ils seraient bien reçus en Angleterre et qu’ils y seraient citoyens, ils restent en France, où ils n’ont point d’état ; mais qu’on désigne en France, qu’on désigne en Angleterre, une province où il n’y ait que le génie, l’industrie et les richesses, qui mettent une différence entre les hommes, croit-on que la province libre dans chaque royaume tarderait longtemps à être la plus riche et la plus peuplée. Ainsi dans le cas proposé l’Amérique s’enrichira, se peuplera aux dépens de l’Europe.

Or s’il ne subsiste pas entre le Canada et la Grande-Bretagne d’anciens motifs de liaison et d’intérêt, étrangers à ceux que la Nouvelle-Angleterre pourrait, dans le cas de la séparation, proposer au Canada ; la Grande-Bretagne ne pourra non plus compter sur le Canada que sur la Nouvelle-Angleterre. Serait-ce un paradoxe d’ajouter, que cette réunion de tout le continent de l’Amérique formé sur un principe de franchise absolue, préparera et amènera enfin le temps où il ne restera à l’Europe de colonies en Amérique, que celles que l’Amérique voudra bien lui laisser ; car une expédition préparée dans la Nouvelle-Angleterre sera exécutée contre les Indes de l’Ouest, avant même qu’on ait à Londres la première nouvelle du projet.

S’il est un moyen d’empêcher, ou du moins d’éloigner cette révolution, ce ne peut-être que de favoriser tout ce qui peut entretenir une diversité d’opinions, de langage, de mœurs et d’intérêt entre le Canada et la Nouvelle-Angleterre, d’entretenir les Canadiens dans leurs anciennes idées de distinctions d’état, de rang de naissance, d’y laisser subsister la langue française, d’y établir un système qui ne leur permette pas de croire qu’il y eût pour eux le moindre avantage à se faire protestans ; d’y attirer enfin de nouveaux colons catholiques romains par tous les moyens si bien connus d’un sage gouvernement, et surtout par la liberté la plus parfaite sur l’article de la religion, et l’on sent parfaitement que ce ne serait pas avoir la liberté d’être catholique romain, que de ne pouvoir l’être sans perdre tout ce qui peut attacher les hommes à la patrie.

Il serait donc, ce me semble, de l’intérêt de l’Angleterre de ne pas abolir la religion romaine dans le Canada, quand même elle le pourrait ; mais il s’en faut de beaucoup que ce projet d’abolition soit facile à exécuter.