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DU CANADA.

chassa en dix ou douze jours sur les côtes de France. Il n’eut pas plutôt mis pied à terre, qu’il se trouva enveloppé dans une foule de difficultés. Le duc de Mercœur, qui commandait en Bretagne, le garda aussi prisonnier quelque temps. Ce ne fut que cinq ans après, qu’il put raconter au roi qui se trouvait à Rouen, ce qui lui était arrivé dans son voyage. Le monarque, touché du sort des malheureux abandonnés dans l’île de Sable, ordonna au pilote qui y avait conduit le marquis de la Roche, d’aller les chercher. Il n’en trouva plus que douze sur quarante qui y avaient été débarqués.

Dès qu’ils avaient été livrés à eux-mêmes, ces hommes, accoutumés à donner libre cours à la fougue de leurs passions, n’avaient plus voulu reconnaître de maître. La discorde les avait armés bientôt les uns contre les autres, et plusieurs avaient péri dans des querelles qui empirèrent encore leur triste position. À la longue cependant la misère dompta leur caractère farouche, et ils prirent des habitudes plus paisibles, et que nécessitait d’ailleurs l’intérêt de leur conservation.

Ils se construisirent des huttes avec les débris d’un navire échoué sur les rochers de la plage, et vécurent pendant quelque temps de la chair des animaux que le baron de Léry y avait débarqués 80 ans auparavant, et qui s’y