Page:Garneau - Histoire du Canada depuis sa découverte jusqu'à nos jours, tome II, 1846.djvu/111

La bibliothèque libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Cette page a été validée par deux contributeurs.
109
DU CANADA.

qu’il eut éloigné le danger d’eux. Il n’était pas en effet sans défaut. La part qu’il prenait à la traite des pelleteries, son caractère altier et vindicatif pouvaient fournir matière à reprendre ; mais était-il bien prudent, était-il bien généreux d’en agir ainsi lorsqu’on avait encore les armes à la main ? Les uns se plaignaient que, pour gagner l’estime de ses officiers, il jetait tout le poids de la guerre sur la milice et écrasait les habitans de corvée, ce qui faisait languir le commerce et empêchait le pays de prendre des forces ! Comme si, lorsque l’ennemi est aux portes et tout le monde en armes, c’était bien le temps d’accomplir une œuvre qui veut par dessus tout le repos et la paix. D’autres l’accusaient d’accorder une faveur ouverte à la traite de l’eau-de-vie ; il n’y eut pas jusqu’à l’abbé Brisacier qui osât écrire contre lui au confesseur du roi ! Ces plaintes lui attirèrent quelque censure ; mais il fut maintenu à la tête de la Nouvelle-France, qu’avec son grand âge il n’était pas néanmoins destiné à gouverner encore longtemps, et il fut nommé chevalier de St.-Louis, honneur alors rarement accordé ; mais qu’on verra prodiguer plus tard en ce pays à une foule de dilapidateurs sur les prévarications desquels les anciens ennemis de M. de Frontenac ne trouveront rien à dire.