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DU CANADA.

établissement était chez les Natchés. M. de Chepar y commandait. Quoique cet officier se fût brouillé avec les naturels, ceux-ci feignaient avec cette dissimulation dont ils ont poussé l’art si loin, d’être ses plus fidèles amis ; ils en persuadèrent si bien ce commandant, que, sur des bruits sourds qui se répandirent qu’il se formait quelque complot, il fit mettre aux fers sept habitans qui avaient demandé à s’armer pour éviter toute surprise ; il porta de plus, par une étrange fatalité, la confiance jusqu’à recevoir soixante Indiens dans le fort et jusqu’à permettre à un grand nombre d’autres de se loger chez les colons et même dans propre maison. On ne voudrait pas croire à une pareille conduite, si Charlevoix ne nous l’attestait, tant elle est contraire à celle que les Français avaient pour règle constante de tenir avec les Sauvages.

Les conspirateurs se préparaient sans bruit, et, sous divers prétextes, venaient prendre les postes qui leur avaient été assignés au milieu des établissemens français. Pendant que l’on attendait le jour de l’exécution, des bateaux arrivèrent aux Natchés chargés de marchandises pour la garnison de ce poste, pour celle des Yasous ainsi que pour les habitans. L’avidité des barbares fut excitée, leurs yeux s’allumèrent à la vue de ces richesses ; leur