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DU CANADA.

ment consommées, et il fallut en envoyer chercher à de grandes distances. M. de Conflans qui avait été détaché de la flotte avec trois vaisseaux de ligne et une frégate pour convoyer des bâtimens marchands qui s’en allaient aux Îles, et qui avait ordre de rallier M. d’Anville à la hauteur des côtes de l’Acadie, ne s’y trouva point. Cet officier du reste peu habile avait suivi ses instructions ; mais après avoir croisé quelque temps dans les eaux de la péninsule, ne voyant point arriver le duc d’Anville, il avait pris le parti de retourner en France. De sorte que déjà avant d’avoir vu l’ennemi, l’expédition avait perdu une grande partie de ses forces. Mais la maladie était encore plus funeste pour elle que les élémens. La mort emportait les soldats et les matelots par centaines, par milliers. Peut-on rien imaginer de plus lugubre que cette flotte enchaînée à la plage par la peste que ces soldats et ces équipages encombrant d’immenses baraques érigées à la hâte sur des côtes incultes, inhabitées et silencieuses comme des tombeaux, en face de l’immense océan qui gémissait à leurs pieds et qui les séparait de leur patrie vers laquelle ils tournaient en vain leurs regards expirans. Un sombre désespoir s’était emparé de tout le monde. La contagion se communiqua aux fidèles Abénaquis qui étaient venus pour joindre leurs armes à celles