Page:Garnir - À la Boule plate.djvu/27

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gaires, propres à piquer la langue des sous-offs en pantalons rouges, buvant leur absinthe aux terrasses des cafés français de Constantine.

Pour ranger ses malles, Charles requit l’aide de la servante. Il fit ainsi la connaissance du dernier habitant de la maison : la servante Adélaïde.

Adélaïde marquait 40 ans, si tant est qu’on pût donner un âge à ce corps qui semblait sans sexe, à cette face qui ahurissait par sa complète et sereine stupidité. Son profil était celui d’un veau qui tette. Ses yeux, sans couleur précise, faisaient deux boules gélatineuses sous des paupières enflammées : des joues en peau de melon et des yeux en boyaux de poulet, disait Odon.

Il avait fait aussi cette juste remarque que, même quand il faisait beau temps, on aurait toujours dit, en regardant Adélaïde, qu’il avait plu dessus.

Celle-là, au moins, Rose était sûre qu’Odon ne l’embrasserait pas dans les coins et ne filerait pas derrière elle, dès qu’elle irait « faire les chambres ».

Une longue et savante trituration dans le mortier du langage bruxellois, par le pilon wallon et le pilon flamand, avait fait du vocable Adélaïde une phonie informe, une appellation lamentable et cocasse, quelque chose que l’on pourrait orthographier : « Adla-Hitt » avec une H fortement aspirée.