Page:Garnir - À la Boule plate.djvu/26

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de la manufacture d’État ; les Espagnoles au corselet bleu clair, empapillottées de papier de soie brun, chiffonnées et toilettées à la hâte — ollé ! — entre deux airs de zarzuella, par des Carmen énamourées et nerveuses, dans le rais de soleil traversant l’atmosphère empoussiérée d’un atelier de Séville ou de Lérida ; les cigarettes de la Semois, rustaudes et pataudes, pointillées de taches de rousseur, roulées par de gros doigts, évoquant la sagesse symétrique des plants de tabac surveillés par les agents du fisc, les feuilles recroquevillées — palmes devenues lanières — de la luxuriante, souple et débordante plante à Nicot, étonnée d’être domestiquée sous un ciel du Nord, d’être cultivée à l’instar d’une betterave et d’un panais ; les Égyptiennes, avec, au bout, des effilés de cheveux courts et blonds dépassant le col blanc et raide d’un costume tailleur ; les Turques, dans des cartons laqués, chargés de moucharabies, de rosaces couleur de cèdre et de santal, parmi des effigies de grands prix et de prix d’honneur, en or mat ; de longues cigarettes Suisses sans papier, sèches et noueuses comme des jambes d’alpiniste, d’un arôme si fort qu’il faut ne les fumer qu’au grand air réparateur des fraîches altitudes ; des Algériennes, enfermées dans un sac d’un bleu pris au ciel de Blidah, coloniales, pratiques, économiques et vul-