Page:Gaskell - Cousine Phillis.djvu/45

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là-bas ces trois hommes. Le plus grand de tous est mon père. »

Jamais je ne me serais figuré un révérend ministre dans un tel équipage, sans cravate, sans gilet, sans habit, sans bretelles, les pieds dans d’épais brodequins, la tête nue, les bras nus, et maniant la houe avec toute la dextérité du laboureur le plus expert.

Ainsi m’apparut cependant, à travers les branchages d’une haie, le digne Ebenezer Holman.

Comme nous entrions dans le champ, il nous adressa un signe de tête, mais sans se hâter au-devant de nous, car il achevait de donner quelques instructions à ses deux acolytes. Phillis lui ressemblait plus qu’à sa mère. Il était comme sa fille, de haute stature ; on devinait le même teint sous le hâle qui couvrait ses joues, et la même nuance de cheveux tempérée par une sorte de glacis argenté ; au demeurant un homme robuste, poitrine large, flancs évidés, tête bien posée, jarrets musculeux.

« Vous m’amenez sans doute le cousin Manning, dit-il à sa fille sans lui laisser l’ennui de la présentation… Attendez, jeune homme ! je vais passer un habit et vous souhaiter la bienvenue dans toutes les règles ;… mais auparavant écoutez, Ned Hall ; cette rigole devient indispensable, il faut que les eaux s’écoulent… Il y a aussi, — pardon, cousin Manning ! — il y a quelques poignées de chaume à remettre sur le toit du vieux Jem ; vous ferez cela demain, quand je serai enfermé dans mon cabinet. »

Puis changeant de ton, et avec cet accent particulier aux prédicateurs :

« Maintenant, ajouta-t-il, je vais entonner le psaume Venez tous, chœurs harmonieux ! Il se chante sur l’air du Mont Ephraïm. »

Ceci dit, il leva sa bêche, transformée tout à coup en bâton de chef d’orchestre, et dont il se servait pour battre