Page:Gaskell - Cousine Phillis.djvu/46

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la mesure. Les deux laboureurs commencèrent l’air et les paroles en question. Phillis était aussi au courant ; moi seul restai bouche close. Deux ou trois fois ma cousine me regarda, un peu étonnée de mon silence. J’admirais malgré moi le tableau que nous composions ainsi groupés tous les cinq, la tête nue (sauf Phillis), au milieu de ce chaume noirci dont tous les tas de gerbes n’étaient pas enlevés, ayant d’un côté un bois sombre où gémissaient les ramiers, et de l’autre, par delà les frênes, les lointains bleuâtres de l’horizon vaporeux.

J’ai pensé quelquefois depuis que, si j’avais su le psaume et si j’avais essayé de le chanter, l’émotion du moment aurait paralysé ma voix.

Avant que je fusse bien remis de cette émotion, les deux laboureurs avaient disparu ; le ministre, passant les manches de son habit noir et reboutonnant aux genoux sa culotte courte (sur de gros bas de tricot gris dont je devinai facilement l’origine), le ministre me regardait avec bienveillance.

« Je présume, disait-il, que vous autres, messieurs des chemins de fer, vous ne terminez pas la journée par un psaume chanté en commun. Ce n’est pourtant pas si mal entendu. »

Je n’avais rien à répondre, et je ne répondis rien. J’admirais à part moi ce bel échantillon du clergé de campagne, tandis qu’il arpentait les guérets à grandes enjambées, d’une main tenant son chapeau, de l’autre celle de sa fille.

À certain moment, il s’arrêta devant je ne sais quel aspect subit du paysage noyé dans les lueurs ambiantes de cette belle soirée, puis, la tête tournée de mon côté, il récita deux ou trois vers latins auxquels je ne compris pas un traître mot.

« N’est-il pas singulier, ajouta-t-il, que Virgile ait