Page:Gausseron - Les Fils de Kaïn, 1870.djvu/11

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Le Prêtre et le Tyran accomplirent leur œuvre.
La violence ouverte et l’obscure manœuvre,
Tout leur fut bon. Tantôt fondant, comme un lion,
Sur leur proie, et tantôt se glissant en couleuvre,
Ils furent les fléaux de toute nation ;
Et le monde gémit sous leur oppression.


L’obscurité couvrit la face de la terre.
Le nuage ignorance et l’âpre nuit misère
Ne s’éclairèrent plus qu’aux flammes des bûchers.
Sous les épais liens dont le réseau le serre,
Comme le Titan grec cloué sur les rochers,
L’homme crispait en vain ses membres attachés.


L’horizon bas pesait sur les têtes courbées.
Dans le marais chrétien les âmes embourbées
Ne pensaient, ne sentaient rien, possédant la foi.
Les dos saignaient des coups des lanières plombées.
L’Enfer, ce cauchemar, donnait un tel effroi
Que le monde tremblait, du pâtre jusqu’au roi.


Le Dieu farouche, né dans la morne Arabie,
Désert d’où semble absente à tout jamais la vie,
Proscrivit la Nature et la persécuta.
Vivre nu sur le sable ardent de la Lybie,
Dans les neiges du pôle, était le saint état :
Pour l’atteindre, il fallait sur soi faire attentat ;