Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/162

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lui plaisait ; il comprenait aussi bien les magnificences d’une chaumière avec un seuil encadré de pampres, un toit velouté de mousses brunes, panaché de giroflées sauvages, que les splendeurs d’un palais de marbre aux colonnes cannelées, à l’attique hérissé d’un peuple de blanches statues. Il admirait également l’art et la nature ; il aimait passionnément les femmes à cheveux rouges, ce qui ne l’empêchait pas de s’accommoder fort bien des négresses et des filles de couleur ; les Espagnoles le charmaient, mais il adorait les Anglaises et ne dédaignait aucunement les Indiennes ; les Françaises même lui paraissaient fort agréables ; il avait aussi un goût très vif pour les vierges de Raphaël et les courtisanes du Titien ; bref, un éclectique de la plus haute volée, et personne ne poussa plus loin le cosmopolitisme. Cependant, nous l’avouons à sa honte ou à sa louange, on ne lui vit jamais de maîtresse en pied, et personne ne lui connut de domicile légal.

Quant à ses esclaves, noirs, jaunes ou rouges, ils étaient aussi souvent rossés que les Scapins de comédie ou les Davus des pièces de Plaute.

Chose étrange ! il était adoré de cette valetaille, et ils se fussent jetés au feu pour lui complaire ; il les traitait tellement en animaux, qu’il leur avait fait croire qu’ils étaient des chiens, et leur en avait inspiré la servilité passionnée.