Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/39

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― Ma belle dame, elles sont chez vous, délicatement posées au pied de votre lit sur la peau de tigre qui vous sert de tapis.

― Vous riez, Fortunio ; jamais vous n’êtes entré dans ma chambre à coucher, et hier soir il n’y avait assurément pas de pantoufles au pied de mon lit.

― Vous n’avez sans doute pas bien regardé, car je vous assure qu’elles y sont, » dit Fortunio en avalant une magnifique rasade.

Arabelle sourit d’un air incrédule.

« Est-ce vrai, dit Musidora avec un accent de coquetterie jalouse, que ces pantoufles vous viennent d’une princesse chinoise ?

― Je crois que oui, répondit Fortunio. ― Elle s’appelait Yeu-Tseu. ― Une charmante fille ! Elle avait un anneau d’argent dans le nez et le front couvert de plaques d’or. Je lui faisais des madrigaux où je lui disais qu’elle avait la peau comme du jade et les yeux comme des feuilles de saule.

― Était-elle plus jolie que moi ? interrompit Musidora en tournant sa figure du côté de Fortunio, comme pour lui faciliter la comparaison.

― C’est selon. Elle avait de petits yeux bridés, retroussés par les coins, le nez épaté et les dents rouges.

― Oh ! le monstre ! — Elle devait être hideuse.

― Point du tout ; elle passait pour une beauté