Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/43

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gulièrement par son calme parfait avec la turbulence générale.

Pour Musidora, la gorgée de vin de xéres qu’elle avait bue commençait à lui porter à la tête ; une légère sueur lui perlait au front ; la fatigue l’envahissait en dépit d’elle ; quelques grains du sable d’or du sommeil commençaient à lui rouler dans les yeux ; elle s’endormait comme un petit oiseau qui a chaud dans le duvet de son nid : de temps en temps elle soulevait ses paupières alourdies pour contempler Fortunio, dont le magnifique profil se découpait fièrement sur un fond d’éblouissante lumière, puis elle les refermait sans cesser pour cela de le voir ; car les commencements de rêve qu’elle ébauchait étaient tout pleins de Fortunio. Enfin, elle laissa pencher sa tête comme une fleur trop chargée de pluie, ramena machinalement devant ses yeux deux ou trois boucles de ses beaux cheveux blonds, comme pour s’en faire des rideaux, et s’endormit tout à fait.

« Ah ! fit George, voilà Musidora qui a mis la tête sous son aile. Regarde quel adorable petit museau ; elle dormirait au milieu d’un concerto de tambours ; c’est une fort jolie fille, mais je préfère mes Titiens. Entre nous, vois-tu, Fortunio, je n’ai jamais aimé que cette belle fille qui est là-haut couchée au-dessus de cette porte, dans son lit de velours rouge ; vois cette main, ce bras, cette épaule : quel admirable dessin !