Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/44

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quelle puissance de vie et de couleur ! ― Ah ! si tu pouvais ouvrir une heure ces beaux bras et me presser sur cette poitrine qui semble palpiter, je jetterais avec plaisir toutes mes maîtresses par la fenêtre. Pardieu, je me sens une envie du diable de décrocher le tableau et de le faire porter dans mon lit.

― Là, là, Georgio carissimo, piano, piano, vous me faites de la peine, vous allez gagner une pleurésie à vous échauffer ainsi dans votre harnois ; conservez-vous à vos respectables parents, qui veulent faire de vous un pair de France et un ministre. ― Vous avez tort de médire de la nature, qui a bien son prix ; ― tu parles de l’épaule de cette femme peinte ; voilà là-bas Cinthie, qui ne dit rien et laisse errer ses yeux au plafond, en pensant peut-être à son premier amour et à sa petite maison de briques du quartier des Transteverins, et qui a de plus belles épaules que tous les Titiens de Venise et d’Espagne. Approche, approche, Cinthie, montre-nous ta poitrine et ton dos, et fais voir à ce faquin de George que le bon Dieu n’est pas aussi maladroit qu’il veut bien le dire. »

La belle Romaine se leva, défit gravement l’agrafe de sa robe, qui glissa jusque sur sa taille cambrée, et laissa voir un sein d’une pureté de contour admirable, des épaules et des bras à faire descendre un dieu du ciel pour les baiser.

« Je te conseille fort, mon ami George, de lui