Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/440

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pourront te le permettre, et amène-le sans plus tarder. »

Ériphile sortit avec plus de rapidité que l’on n’eût pu en attendre de son grand âge.

Bacchide de Samos est une beauté d’un genre tout différent de celui de Plangon ; elle est grande, svelte, bien faite ; elle a les yeux et les cheveux noirs, la bouche épanouie, le sourire étincelant, le regard humide et lustré, le son de voix charmant, les bras ronds et forts, terminés par des mains d’une délicatesse parfaite. Sa peau est d’un brun plein de feu et de vigueur, dorée de reflets blonds comme le cou de Cérès après la moisson ; sa gorge, fière et pure, soulève deux beaux plis à sa tunique de byssus.

Plangon et Bacchide sont sans contredit les deux plus ravissantes hétaires de toute la Grèce, et il faut convenir que Ctésias, lui qui a été amant de Bacchide et de Plangon, fut un mortel bien favorisé des dieux.

Ériphile revint avec Ctésias.

L’enfant s’avança jusqu’au petit lit de repos où Bacchide était assise, les pieds sur un escabeau d’ivoire. À la vue de ses anciennes amours, Ctésias sentit en lui-même un mouvement étrange ; un flot d’émotions violentes tourbillonna dans son cœur, et, faible comme il était, épuisé par les pleurs, les insomnies, le regret du passé et l’inquiétude de l’avenir, il ne put résister à cette épreuve et tomba affaissé sur ses genoux, la tête