Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/47

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flamme commencèrent à lécher les pieds des dormeurs et à mordre les bords de la nappe. La lueur de ce petit incendie improvisé pénétra sur-le-champ à travers les paupières le plus invinciblement fermées, et tout le monde fut bien vite debout, même les deux respectables convives coulés à fond dès le commencement de la tempête, et qui eussent été cuits infailliblement tout vifs, si Mercure le nègre et Jupiter le mulâtre ne les eussent aidés à sortir des lieux souterrains et ténébreux où ils gisaient.

« Où est Fortunio ? demanda Musidora en écartant ses cheveux.

― Fortunio ? dit George, il était là tout à l’heure.

― Il est parti, dit respectueusement Jupiter.

― Qui sait quand on le reverra ? Il est peut-être allé déjeuner avec le Grand Mogol ou le Prêtre Jean. ― Ma petite reine, j’ai bien peur que tu ne sois obligée d’aller à pied ou en carrosse de louage, comme une fille vertueuse. ― Si tu le trouves, tu seras bien habile.

― Bah ! dit Musidora, en tirant à demi de son sein un petit portefeuille à coins d’or ; j’ai son portefeuille.

― Ah çà ! tu es donc un vrai diable en jupons ? Voilà une fille bien élevée ; ― jamais des parents ordinaires n’auraient l’idée de vous faire apprendre à voler ! »