Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/53

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vants dont de graves historiens ont éternisé la mémoire.

On dit ordinairement : Tel chien, tel maître ; on pourrait dire aussi : Telle chatte, telle maîtresse.

La chatte de Musidora était blanche, ― mais d’un blanc fabuleux, ― bien autrement blanche que le cygne le plus blanc ; le lait, l’albâtre, la neige, tout ce qui sert à faire des comparaisons blanches depuis le commencement du monde eût paru noir à côté d’elle ; dans les millions de poils imperceptibles dont sa fourrure d’hermine était composée, il n’y en avait pas un seul qui n’eût l’éclat de l’argent le plus pur.

Figurez-vous une grosse houppe à poudre où l’on aurait ajusté des yeux. Jamais la femme la plus coquette et la plus maniérée n’a mis dans ses mouvements la grâce et le fini parfait que cette adorable chatte met dans les siens. ― Ce sont des ondulations d’échine, des gonflements de dos, des airs de tête, des tournures de queue, des façons d’avancer et de retirer la patte inimaginables.

Musidora la copie tant qu’elle peut, mais en reste bien loin. ― Cependant si parfaite que soit l’imitation, elle a fait de Musidora une des plus gracieuses femmes de Paris, ― c’est-à-dire du monde, car rien n’existe ici-bas que Paris.

Un petit nègre, entièrement vêtu de noir pour rendre le contraste plus frappant, est chargé du