Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/54

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soin de cette blanche et discrète personne : il la couche tous les soirs dans son berceau de satin bleu de ciel et va la porter le matin à sa maîtresse quand elle la demande ; il est chargé aussi de donner la pâture à madame la chatte, de la peigner, de lui laver les oreilles, de lui lisser les moustaches et de lui mettre son collier de vraies perles fines et d’un très grand prix.

Quelques vertueux mortels seront sans doute indignés d’un tel luxe pour un simple animal, et diront qu’il vaudrait bien mieux, avec tout cet argent, donner du pain aux pauvres. ― D’abord on ne donne pas de pain aux pauvres, on leur donne un sou, ― et encore assez rarement ; car, si tout là monde leur donnait un sou tous les jours, ils seraient bientôt plus riches que des nababs. ― Ensuite, nous ferons observer aux honnêtes philanthropes distributeurs de soupes économiques que l’existence de la chatte de Musidora est aussi utile que quoi que ce soit.

Elle fait plaisir à Musidora et l’empêche de souffleter deux ou trois servantes par jour. ― Premier bienfait.

Ce petit nègre, qui n’a d’autre travail que le soin de cette bête, serait sans cela à griller au soleil des Antilles, où il serait fouaillé du matin jusqu’au soir et du soir jusqu’au matin. ― Au lieu de cela, il est bien nourri, bien habillé, et n’a pour toute besogne qu’à être noir à côté d’une chose blanche. ― Second bienfait.