Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/549

La bibliothèque libre.
Aller à la navigation Aller à la recherche
Le texte de cette page a été corrigé et est conforme au fac-similé.

avait résisté autant qu’il avait pu, et sa conscience était désormais en repos sur ce qui devait arriver ; il eût craint d’ailleurs, en se refusant plus longtemps au désir de Candaule, de contrarier le destin, qui paraissait vouloir le rapprocher de Nyssia pour quelque raison formidable et suprême qu’il ne lui était pas donné de pénétrer. Sans pressentir aucun dénouement, il voyait vaguement passer devant lui mille images tumultueuses et vagues. Cet amour souterrain, accroupi au bas de l’escalier de son âme, avait remonté quelques marches, guidé par une incertaine lueur d’espérance ; le poids de l’impossible ne pesait plus si lourdement sur sa poitrine, maintenant qu’il se croyait aidé par les dieux. En effet, qui eût pu penser que pour Gygès les charmes tant vantés de la fille de Mégabaze n’auraient bientôt plus de mystère ?

« Viens, Gygès, dit Candaule, en le prenant par la main, profitons du moment. Nyssia se promène avec ses femmes dans les jardins ; allons étudier la place et dresser nos stratagèmes pour ce soir ».

Le roi prit son confident par la main et le guida à travers les détours qui conduisaient à l’appartement nuptial. Les portes de la chambre à coucher étaient faites d’ais de cèdre si exactement unis, qu’il était impossible d’en deviner les jointures. À force de les frotter avec de la laine imbibée d’huile, les esclaves avaient rendu