Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/55

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La délicieuse chatte n’a pas de plus grand plaisir que d’aiguiser ses griffes sur la tenture intérieure de son petit boudoir bleu de ciel. Il faut donc lui en faire un neuf à peu près tous les mois. Cela suffit pour payer la pension de deux enfants du tapissier de Musidora. ― La France devra donc à une simple chatte blanche un avocat et un médecin. ― Troisième bienfait.

Quatrième bienfait. ― Trois petits paysans se ramassent de quoi acheter un homme, s’ils tombent à la conscription, en prenant à la glu de petits oiseaux pour le déjeuner et le dîner de la chatte, qui ne voudrait pas les manger s’ils n’étaient tout vifs et tout sautillants.

Cette mignonne et voluptueuse bête, presque aussi cruelle qu’une femme qui s’ennuie, aime à entendre pépier son dîner dans son ventre, et il n’y a rien d’assez vivant pour elle. C’est le seul défaut que nous lui connaissions.

Quant au collier, il a été donné à Musidora par un général de l’Empire, qui l’avait volé en Espagne à une madone noire, sous la forme d’un bracelet, et il a passé sans intermédiaire du bras très blanc de la jeune fille au col encore plus blanc de la jeune chatte. Nous trouvons un collier de perles beaucoup plus convenable au col velouté d’une jolie chatte qu’autour du cou rouge et pelé d’une vieille Anglaise.

Ceci paraîtra peut-être un hors-d’œuvre à quelques-uns de nos lecteurs ; nous sommes tout