Page:Gautier - Œuvres de Théophile Gautier, tome 2.djvu/57

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melé avec ses postillons en casaque de satin, son bruit de fouets et ses éclairs de vernis, lui passa devant les yeux comme un tourbillon.

Elle frappa de joie dans la paume de ses petites mains, tant elle était sûre du succès : « Ne sera-t-il pas curieux, se dit-elle en riant intérieurement, de promener le Fortunio dans la calèche même qu’il m’aura fait gagner ? »

Et, pour ouvrir les hostilités, elle étendit sa main sous l’oreiller et en tira le portefeuille volé, qu’elle avait vainement essayé d’ouvrir la veille.

« J’en viendrai bien à bout, dit-elle en le retournant dans tous les sens ; ― une femme qui sent un secret derrière une si mince cloison, et qui ne la forcerait pas ! J’aurais dénoué le nœud gordien sans avoir besoin d’épée comme ce brutal d’Alexandre. »

Musidora se dressa tout à fait sur son séant, et avec une activité de belette qui cherche un trou pour fourrer son museau pointu et entrer en quelque resserre pleine de lait et d’œufs frais, elle se mit en quête du secret qui devait ouvrir ce mystérieux portefeuille, où se trouvaient sans doute de précieuses indications sur notre héros.

Elle palpa avec ses doigts, plus subtils que des tentacules d’insecte ou des cornes de colimaçon, toutes les nervures et toutes les rugosités de la peau ; elle pressa l’une après l’autre les turquoises et les chrysoprases dont les deux surfaces extérieures du portefeuille étaient constellées ;