Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/151

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profond sommeil, il n’a pas entendu le signal du départ, et vient de s’éveiller seul, dans le camp abandonné. Il fait tous ses efforts pour rattraper l’armée. Houp ! houp ! le chameau allonge le cou et jette en avant et en arrière ses jambes noueuses, qui semblent vouloir quitter son corps : mais, brusquement, le jeune homme tire sur la bride, arrête l’animal avec un cri de surprise.

Il vient d’apercevoir une femme, enveloppée dans ses voiles, assise sur une pierre, le coude sur le genou, le menton dans la main ; et, cette femme, il a bien cru la reconnaître.

Vivement il revient sur ses pas, s’approche d’elle, et elle lève la tête vers lui, laissant voir deux yeux humides entre des nuages de gaze.

— Nous sommes à Dieu et nous retournerons à lui ! s’écrie le jeune homme ; c’est Aïchah, l’épouse du prophète !

— Hélas ! mon voile est donc un cristal pour tes yeux, Safivân, fils de Moattal ? dit Aïchah. Comment se fait-il qu’au premier regard tu m’aies ainsi reconnue ?