Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/152

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Safivân se laissa glisser à bas de sa monture.

— Avant que le Koran ait défendu aux femmes de se laisser apercevoir par des étrangers, dit-il, plusieurs fois, tu le sais, j’avais pu te contempler.

— Mais, sous le rempart des mousselines, une femme ne peut être distinguée d’une autre.

— Crois-tu que sur d’autres épaules les plis du voile auraient autant de grâce ? dit Safivân d’une voix émue. Sais-tu des yeux qui, comme les tiens, mêlent le feu du soleil aux ombres de la nuit ?

Aïchah détourna vivement la tête, et le jeune homme, regrettant ce qu’il avait dit, baissa les yeux vers la terre.

Il reprit, après un silence troublant :

— Daigneras-tu m’apprendre pour quel motif cruel tu es ainsi abandonnée ?

— Je me confie à toi, dit Aïchah ; écoute mon étrange aventure. Tu le sais, quand l’apôtre de Dieu entreprend un voyage, il a