Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/154

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meau avaient placé la litière sur son dos, croyant que j’étais dedans, et avaient emmené l’animal. J’ai crié, j’ai appelé, nul n’a répondu, et, m’enveloppant dans mon voile, je me suis assise là, où tu m’as trouvée, espérant qu’on découvrira bientôt mon absence et qu’on viendra me chercher.

Safivân fit agenouiller son chameau :

— Monte, fille d’Abou-Bekr, dit-il, et daigne accepter pour guide le plus respectueux de tes esclaves.

— Peut-être vaut-il mieux que j’attende, dit Aïchah hésitante.

— Y songes-tu ? Quelque homme grossier pourrait te rencontrer et t’outrager.

Le jeune homme se détourna, tandis qu’Aïchah se mettait en selle ; puis il prit l’animal par la bride et le guida par le chemin le plus doux, en silence, sans lever les yeux vers l’épouse du prophète.

Ils ne purent rejoindre l’armée qu’à la halte du matin, et la surprise fut grande de tous ceux qui virent s’avancer le beau guerrier,