Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/155

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conduisant la monture d’une femme voilée ; quelques-uns reconnurent Aïchah, et, quand ils étaient passés, derrière la poussière soulevée par les pieds du chameau, des chuchotements bourdonnaient ; on faisait des conjectures : comment étaient-ils tous deux restés en arrière ? comment revenaient-ils ensemble ? Cela n’était pas clair, ou plutôt cela l’était trop ; mais Aïchah et son guide traversaient les rangs des soldats et des tentes, sans entendre cette sourde rumeur, sans voir l’ironie sournoise des regards qui les suivaient.

De retour à Médine, Safivân garda de cette aventure une tristesse rêveuse ; la jeune femme l’oublia, et ni l’un ni l’autre ne soupçonnèrent l’orage qui s’amassait autour d’eux.

Un mois plus tard, Aïchah était dans le harem, recevant une amie qui venait la visiter. Toutes deux, à demi couchées sur des coussins, grignotaient des friandises, que leur servait l’esclave préférée : Bouraïra. Mais la visiteuse était préoccupée ; à chaque moment ses longs sourcils noirs se fronçaient, et des