Page:Gautier - Fleurs d’orient.djvu/165

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La foule s’écartait devant les trois promeneurs, les suivait d’un regard craintif, et, tant qu’ils étaient en vue, marchands et acheteurs faisaient silence. C’est que chacun reconnaissait le khalife Omar, venant, selon sa coutume, faire lui-même, incognito, la police du bazar et de la ville, accompagné de ses deux fils.

— Hé, boucher, as-tu renoncé à fausser tes poids et tes balances, ou faut-il renouveler la punition ? cria le khalife à un gros homme, dont la face cramoisie devint subitement pâle.

Mais Omar tourna le dos et, avisant une laitière dans sa modeste boutique, il l’interpella :

— Femme, dit-il, je t’ai avertie déjà que tu ne dois pas mettre d’eau dans ton lait.

— Ah ! prince des croyants, répondit la laitière, je te certifie que je n’y ai pas mis d’eau.

— Comment, ma mère ! s’écria, comme malgré elle, une jeune fille qui mesurait le lait : à la fraude tu ajoutes le mensonge ?

Omar sourit et s’éloigna, sans rien dire de